OpenAI annonce qu'une déclinaison d'Astra a résolu dix problèmes mathématiques ouverts depuis des années, pour environ 2 000 dollars par problème. Cette avancée spectaculaire suscite une inquiétude majeure : la communauté mathématique peut-elle suivre le rythme d'une IA surhumaine ?
Le 1er août 2026, OpenAI a annoncé qu'une version interne de son futur modèle Astra — présenté comme la « prochaine grande famille de modèles » de la société — était parvenue à résoudre dix problèmes ouverts en mathématiques et en informatique théorique, des questions qui résistaient à la communauté scientifique depuis au moins une décennie, et souvent beaucoup plus longtemps. Les domaines concernés sont particulièrement pointus : géométrie en grande dimension, théorie des codes, théorie des groupes, complexité quantique, cryptographie sur réseaux et combinatoire extrémale. Parmi les résultats les plus marquants figurent la construction explicite d'un groupe dit non-sofique, la réfutation de la conjecture de rigidité de Connes, la preuve du théorème quantique de répétition parallèle, et l'amélioration, pour la première fois depuis 1978, de la borne supérieure générale de densité d'empilement de sphères. Toutes ces solutions ont été générées de façon entièrement autonome par le modèle, puis formalisées dans le langage de vérification Lean, permettant un contrôle automatisé de leur correction. Le coût total de calcul pour l'ensemble des dix solutions est évalué à environ 2 000 dollars par problème aux tarifs de l'API d'OpenAI. Le chercheur Noam Brown a qualifié ces avancées de « pas majeur pour le raisonnement scientifique », tout en précisant qu'Astra n'a pas encore pu s'attaquer aux sept problèmes du Prix du Millénaire, chacun assorti d'une récompense d'un million de dollars. Thomas Bloom, mathématicien à l'université de Manchester et gestionnaire du site erdosproblems.com, a salué ces résultats comme une « grande nouvelle », jugés plus significatifs qu'un précédent contre-exemple à la conjecture de distance unitaire publié quelques mois plus tôt, tout en rejetant l'idée que l'IA « remplace » les mathématiciens, puisqu'elle s'appuie sur plus d'un siècle de théorie produite par des humains. Ces annonces soulèvent néanmoins des questions profondes. Le mathématicien Jay Cummins a confié sa perplexité face à une IA qui résout un problème sur lequel il avait lui-même longuement travaillé. La question de l'attribution de la paternité intellectuelle préoccupe aussi la communauté : OpenAI affirme qu'attribuer à des chercheurs humains une preuve entièrement générée par l'IA constituerait une déformation de la réalité, se référant à la Déclaration de Leiden sur l'IA et les mathématiques. Sur un plan plus structurel, le médaillé Fields Terence Tao a alerté sur le fait que l'automatisation de la production de preuves fait basculer les mathématiques d'un régime de rareté vers un régime d'abondance : la communauté n'est plus en mesure de vérifier et d'assimiler le flux croissant de résultats produits avec l'aide de grands modèles de langage. Un arriéré de propositions en attente d'évaluation s'accumule déjà sur le site des conjectures d'Erdos. Jacob Tsimerman, lauréat de la médaille Fields 2026, a récemment mis en pause sa chaire à l'université de Toronto pour rejoindre OpenAI, affirmant que si la tendance actuelle se poursuit, les systèmes d'IA surpasseront bientôt les humains dans l'ensemble des tâches que réalisent aujourd'hui les mathématiciens, rendant nécessaire une refonte complète de la discipline.