Non, votre enfant n'est pas « nul en maths » : ce qui se joue derrière ses blocages et comment changer la donne
Les résultats de l'enquête PISA 2025, publiés début septembre, placent la France à la 34e place en mathématiques parmi les pays de l'OCDE, soit une chute de seize points par rapport à 2022 et la pire performance enregistrée depuis la création du classement. Plus d'un élève français sur trois se trouve désormais en difficulté dans la matière. Ce constat alarmant invite à s'interroger sur les raisons profondes de ces blocages, qui dépassent largement la simple question de capacités innées. La thèse d'une "bosse des maths" réservée à…
Lire la synthèse →Les résultats de l'enquête PISA 2025, publiés début septembre, placent la France à la 34e place en mathématiques parmi les pays de l'OCDE, soit une chute de seize points par rapport à 2022 et la pire performance enregistrée depuis la création du classement. Plus d'un élève français sur trois se trouve désormais en difficulté dans la matière. Ce constat alarmant invite à s'interroger sur les raisons profondes de ces blocages, qui dépassent largement la simple question de capacités innées.
La thèse d'une "bosse des maths" réservée à quelques élus est aujourd'hui sérieusement contestée. Emmanuel Sander, professeur de psychologie et des sciences de l'éducation à l'Université de Genève et coauteur d'un ouvrage écrit avec le médaillé Fields Hugo Duminil-Copin, souligne qu'aucune donnée scientifique ne soutient l'idée que certains individus seraient constitutionnellement incapables de faire des mathématiques. Il identifie même un mécanisme de défense paradoxal : certains élèves en développent une forme de fierté à se déclarer "nuls en maths", manière de rationaliser un échec ressenti. Pourtant, rappelle-t-il, les êtres humains font des mathématiques bien avant d'en connaître le nom : dès la naissance, les nourrissons distinguent et comparent des quantités, et un enfant de cinq ans résout intuitivement des soustractions simples sans avoir reçu de cours formels.
Du côté de la psychopédagogie, Anne Siety, spécialiste de ce domaine, insiste sur la dimension émotionnelle et symbolique des blocages. Selon elle, les mathématiques sont loin d'être une discipline froide et abstraite : leur vocabulaire même — origines, inconnues, racines, droites qui se rencontrent ou non — touche à des réalités profondément humaines, parfois trop intimes pour ne pas provoquer d'angoisse. Chaque cas est singulier : certains élèves ont besoin de "donner corps" aux notions, d'autres de mobiliser leur imagination pour habiter un énoncé. Elle cite l'exemple d'une collégienne incapable de comprendre la définition d'une médiatrice, qui y parvient dès lors qu'elle transforme le schéma géométrique en récit avec une maison de nains et un château de sorcière. Ce travail psychopédagogique n'est pas une thérapie, précise-t-elle, mais il peut avoir des effets libérateurs durables.
Ces difficultés ne sont pas propres à la France. Au Ghana, des observateurs pointent des obstacles similaires : transmission intergénérationnelle d'une image négative des mathématiques, manque d'enseignants spécialisés et pratiques pédagogiques trop centrées sur la mémorisation mécanique au détriment de la compréhension conceptuelle. Un enseignant témoigne lui-même avoir évité toute matière calculable jusqu'au doctorat, avant qu'un professeur convaincu que "le problème vient des enseignants, pas des élèves" ne change radicalement sa perception. Ce retournement illustre une conviction partagée par l'ensemble des experts : avec les bons outils et le bon accompagnement, les mathématiques sont accessibles à tous.
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