Hugo Duminil-Copin et Emmanuel Sander : « Au supermarché ou dans un ascenseur, on utilise les mathématiques sans s'en rendre compte »
Le mathématicien Hugo Duminil-Copin, lauréat de la médaille Fields en 2022 et professeur à l'université de Genève ainsi qu'à l'Institut des hautes études scientifiques de Paris-Saclay, et le psychologue Emmanuel Sander, spécialiste des sciences de l'éducation à la même université, publient conjointement un ouvrage intitulé « De l'autre côté du tableau noir. Les mathématiques à visage humain » aux éditions du Seuil. Ce livre, qui accompagne une leçon inaugurale donnée à l'université de Genève en septembre, propose un regard croisé…
Lire la synthèse →Le mathématicien Hugo Duminil-Copin, lauréat de la médaille Fields en 2022 et professeur à l'université de Genève ainsi qu'à l'Institut des hautes études scientifiques de Paris-Saclay, et le psychologue Emmanuel Sander, spécialiste des sciences de l'éducation à la même université, publient conjointement un ouvrage intitulé « De l'autre côté du tableau noir. Les mathématiques à visage humain » aux éditions du Seuil. Ce livre, qui accompagne une leçon inaugurale donnée à l'université de Genève en septembre, propose un regard croisé entre mathématiques et psychologie pour déconstruire l'image d'une discipline froide, réservée à une élite de génies.
Les deux auteurs défendent l'idée que la pratique mathématique repose fondamentalement sur l'intuition, les analogies, le tâtonnement et même les erreurs productives, bien loin du cliché de l'application mécanique de formules. Sander souligne notamment que l'intuition mathématique n'est pas un don figé à la naissance, mais une faculté susceptible de se développer : l'enjeu pédagogique consiste à s'appuyer sur les intuitions des élèves pour les affiner progressivement, sans jamais rompre ce fil conducteur.
L'ouvrage aborde également la question des usages sociaux des mathématiques. Les auteurs montrent, exemples concrets à l'appui, que ces outils permettent de résister aux biais cognitifs et aux manipulations. Ils illustrent ce point avec le cas des vaccins contre la Covid-19 : annoncer que 40 % des nouvelles contaminations concernaient des personnes vaccinées pouvait sembler alarmer, mais un raisonnement mathématique élémentaire révélait en réalité que la vaccination divisait le risque d'infection par six. De même, ils expliquent comment la présentation graphique de données peut être détournée par des entreprises pour donner une image trompeuse de leurs performances.
Duminil-Copin et Sander insistent sur le fait que tout le monde mobilise déjà des raisonnements mathématiques au quotidien — dans un supermarché, dans un ascenseur — sans nécessairement en avoir conscience. L'enjeu n'est donc pas de maîtriser des concepts pointus, mais de choisir d'exercer ce raisonnement de façon délibérée, ce qui constitue à la fois un plaisir intellectuel et un atout citoyen, dans un contexte où, selon eux, « les faits sont concurrencés par des interprétations orientées ». Le livre paraît dans un contexte de débat sur le niveau des élèves français en mathématiques, la France affichant un score inférieur à la moyenne des pays de l'OCDE au classement Pisa.
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