Le nombre d'or et le Parthénon : un mythe mathématique mis à mal

artnet.comEN · 16 septembre 2026 · Lire l'article entier ↗
Le nombre d'or et le Parthénon : un mythe mathématique mis à mal

Un mathématicien de l'université d'Oxford, Alain Goriely, remet en cause l'une des explications les plus répandues sur le Parthénon : l'idée que ses courbes subtiles auraient été conçues par les architectes grecs de l'Antiquité pour corriger des illusions d'optique. Cette théorie, présentée comme un fait établi dans les manuels scolaires, les encyclopédies et les visites guidées de musées, est qualifiée par Goriely d'« un des mythes les plus anciens et les plus tenaces de l'histoire humaine ». Ses travaux ont été publiés dans la revue Royal Society Open Science.

Le Parthénon, achevé en 432 avant J.-C., ne comporte en réalité presque aucune ligne droite ni angle droit. Son soubassement — le stylobate — présente une courbure ascendante d'environ six centimètres en son centre. Les colonnes gonflent légèrement à mi-hauteur, technique appelée entasis. Les colonnes d'angle sont un peu plus épaisses que les autres, et les figures sculptées en hauteur ont des têtes proportionnellement plus grandes. Depuis l'Antiquité, et notamment sous l'influence de l'architecte romain Vitruve — qui écrivit quatre siècles après la construction du temple —, on explique chacune de ces particularités par la volonté de contrecarrer une illusion visuelle spécifique.

Goriely a croisé les mesures précises du monument avec les données issues des sciences de la vision pour tester ces hypothèses une à une. Il constate d'abord que la courbure du stylobate n'est perceptible à l'oeil nu qu'à moins de vingt-cinq mètres, dans des conditions théoriques idéales, et qu'en situation réelle, la complexité tridimensionnelle du bâtiment masque cet effet même à cette distance. Par ailleurs, pour que les colonnes produisent une illusion correctrice semblable aux illusions de Hering ou de Wundt, il faudrait qu'elles soient fortement inclinées par rapport au stylobate — ce qui n'est pas le cas. Quant à l'élargissement supposé des colonnes d'angle, Goriely ne trouve pas de preuve que l'illusion d'irradiation invoquée s'applique réellement ici. Enfin, les proportions des figures sculptées refléteraient simplement les canons corporels des Grecs anciens, de stature plus petite, plutôt qu'un calcul optique délibéré.

Goriely souligne que Vitruve n'a jamais apporté la moindre preuve de ses affirmations, et que des voix sceptiques se sont élevées bien avant l'ère scientifique moderne. Parmi les explications alternatives, la plus solide serait d'ordre pratique : la courbure du stylobate faciliterait l'écoulement des eaux de pluie, hypothèse défendue notamment par une neuroscientifique spécialiste de la perception visuelle à Harvard. D'autres experts évoquent simplement un choix esthétique, voire une analogie avec les courbes du corps humain. L'historien de l'architecture Mark Wilson Jones, de l'université de Cambridge, note pour sa part qu'il existe un rapport de proportion très élégant, exactement 2 pour 1, entre la largeur du stylobate et la hauteur totale de l'édifice, et que la courbure contribue à cette harmonie. Il invite toutefois à la prudence : les Anciens pouvaient être guidés par plusieurs raisons simultanées, pas toujours formalisées.

Goriely signale enfin que les grands modèles d'intelligence artificielle — ChatGPT, Gemini et Claude — reproduisent tous, lorsqu'on les interroge sur le sujet, la version mythifiée comme si elle était avérée, illustrant la robustesse et la persistance de cette idée reçue dans la culture populaire.

Sources : artnet.com · greekreporter.com · scientificamerican.com · smithsonianmag.com · phys.org

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