Tragi-comédie sur fond de statistique
Une équipe de l'université de Saint-Pétersbourg (Mikhail Marusenko et Elena Rodionova) a analysé plus de 50 paramètres grammaticaux — verbes conjugués, adjectifs, pronoms, structures de phrases — dans les oeuvres de Molière et Corneille. Leur conclusion : six pièces attribuées à Molière (Tartuffe, l'École des femmes, les Femmes savantes, l'École des maris et deux autres) seraient en réalité de Corneille, avec une confiance de 95 %. Cette étude s'inscrit dans la continuité des travaux de Dominique Labbé (2001-2003), qui avait déjà proposé une attribution similaire en étudiant le vocabulaire.
Cependant, la communauté des spécialistes demeure divisée. Georges Forestier (Sorbonne) et Charles Bernet (université de Lyon) critiquent la méthode : corpus trop restreint, absence de comparaison avec d'autres auteurs contemporains ou ultérieurs, et hypothèse de départ biaisée. Bernet a montré que la même approche statistique produisait des résultats absurdes (attribuant une pièce de Corneille à Quinault, ce que l'histoire contredit). Stephan Vonfelt, analysant la répartition des lettres, a même trouvé plus de proximité entre Corneille et Racine qu'entre Corneille et Molière.
Bert souligne que « deux textes proches ne signifient pas même auteur », et que seule une approche pluridisciplinaire — mêlant statistique, philologie et histoire — pourrait trancher définitivement. L'affaire reste donc ouverte.
Actu