La lettre que nous présentons de Pia Nalli au mathématicien Tullio Levi-Civita est la deuxième des vingt-et-une qu'elle lui adresse entre 1924 et 1938.
Rossana Tazzioli publie une étude historique consacrée au parcours d'une mathématicienne sicilienne durant la première moitié du XXe siècle. Cet article, paru dans *Images des mathématiques* (volume 2, 2024), mêle biographie et histoire des mathématiques pour éclairer les contributions et le contexte de vie d'une figure féminine des sciences exactes en Sicile.
L'article s'inscrit dans une démarche de redécouverte des trajectoires scientifiques féminines, mettant en lumière comment les mathématiciennes ont navigué les obstacles institutionnels et sociaux de cette époque. En retraçant le parcours personnel et professionnel de cette femme scientifique, l'étude enrichit notre compréhension de l'histoire des mathématiques et de la place des femmes dans la recherche.
Des documents récemment découverts éclairent les raisons pour lesquelles Louis de Broglie a refusé de démissionner de son poste de secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences en 1944, malgré les attentes d'Émile Borel.
En novembre 1941, plusieurs figures éminentes de la science française, dont le mathématicien Émile Borel, ont été arrêtés par la police allemande. À la mort d'Émile Picard en décembre 1941, l'Académie des sciences doit élire un nouveau secrétaire perpétuel. Bien que Borel soit le candidat naturel, le physicien Louis de Broglie est choisi à sa place.
En septembre 1944, Borel espère que de Broglie se désiste pour permettre une nouvelle élection où il pourrait accéder au poste. Cependant, des documents nouvellement découverts révèlent les arguments ambigus invoqués par de Broglie pour refuser sa démission, offrant un éclairage inédit sur cette période de transition scientifique en France.
En 1522, Cuthbert Tunstall publie le premier manuel de mathématiques imprimé en Angleterre. Rédigé en latin, ce traité de calcul commercial fut salué par Auguste De Morgan comme le plus éloquent ouvrage jamais écrit sur le sujet.
Il y a cinq cents ans, Cuthbert Tunstall fait paraître *De arte supputandi libri quatuor* (Quatre livres sur l'art de compter), un événement majeur pour l'histoire des mathématiques en Angleterre : c'est le premier livre de mathématiques imprimé sur l'île.
Ce manuel destiné aux marchands et aux comptables se distingue par son ambition pédagogique et sa qualité rédactionnelle. Des siècles après sa publication, le célèbre mathématicien et historien Auguste De Morgan en vantait encore les mérites, le qualifiant de « plus classique » jamais écrit en latin sur l'art du calcul commercial — un compliment qui témoigne de la portée durable de cet ouvrage.
Comment les anciens Mésopotamiens concevaient-ils les très grands nombres ? En explorant les notations cunéiformes du IVe millénaire av. J.-C., les historiens révèlent des concepts d'« innombrable » et d'« immensité » loin de nos abstractions modernes.
Les sociétés mésopotamiennes anciennes n'appréhendaient pas les nombres comme nous le faisons aujourd'hui. L'étude des notations de « grands nombres » dans les textes cunéiformes du IVe millénaire av. J.-C. offre une fenêtre unique sur leurs conceptions mathématiques et culturelles.
Plutôt que de simples outils de calcul, les grands nombres reflétaient pour ces civilisations des notions abstraites : l'« innombrable », la « multitude » ou l'« immensité ». Décrypter ces représentations nous aide à comprendre comment les Mésopotamiens pensaient vraiment le monde et organisaient leur rapport aux quantités, bien avant les mathématiques grecques et modernes.
Un article exploratoire qui réinvente l'histoire de la géométrie en partant des fondements euclidiens. Et si les nombres n'étaient que des attributs des points ? Une relecture créative des origines mathématiques.
Cet article propose une expérience de pensée originale : repartir des premiers principes de la géométrie d'Euclide en les considérant sous un angle nouveau. L'auteur imagine un scénario alternatif où les nombres deviendraient de simples propriétés attachées aux points géométriques, plutôt que des entités autonomes.
Loin de raconter comment les mathématiques se sont réellement développées, le texte invite à renverser la perspective et à construire une histoire mathématique parallèle. C'est une réflexion ludique et conceptuelle sur les fondements de la géométrie, mêlant rigueur mathématique et liberté créative.
L'histoire est bien connue : Alan Turing, génie des mathématiques par ailleurs atteint du syndrome d'Asperger, a décrypté la machine Enigma et ainsi contribué à mettre fin à la Seconde Guerre mondiale. Interview de Benoît Solès, auteur et comédien, qui s'est emparé de cette histoire vraie et en a fait une pièce de théâtre à succès.
La 31ème Nuit des Molières a couronné « La Machine de Turing », pièce de théâtre écrite et interprétée par Benoît Solès, avec quatre nominations et quatre récompenses. L'oeuvre met en scène Alan Turing, mathématicien britannique de génie qui a décrypté la machine Enigma et contribué à la fin de la Seconde Guerre mondiale, tout en jetant les bases de l'informatique et de l'intelligence artificielle.
Solès souligne l'importance de réhabiliter la mémoire de Turing au-delà de ses prouesses scientifiques : figure iconoclaste, atteint du syndrome d'Asperger et homosexuel, Turing a été victime de persécution. Condamné à la castration chimique en raison de son orientation sexuelle, il a mis fin à ses jours. L'auteur, qui a eu l'idée d'écrire sur Turing dès 2008, y voit à la fois un acte politique et une destinée théâtrale de premier ordre : l'histoire d'une personnalité « différente » qui change le monde avant d'être marginalisée.
Rencontre en vidéo avec l'astrophysicien israélien Mario Livio qui évoque son nouveau livre "Dieu est-il mathématicien ?". Pas de théologie dans ce livre mais l'explicitation d'un mystère qui obsède les mathématiciens et tant d'esprits créatifs depuis des siècles : comment expliquer l'omniprésence et l'omnipotence des mathématiques...
Développées au Japon sous l'ère Edo (1600-1868), les mathématiques ont évolué à l'époque Meiji (1868-1912) en s'adaptant aux concepts étrangers. Entretien avec Marion Cousin*
Pendant l'ère Edo (1600-1868), malgré une politique de fermeture aux influences étrangères (Sakoku), le Japon a développé une tradition mathématique originale appelée wasan, héritière des méthodes algorithmiques chinoises mais enrichie de travaux novateurs dès le XVIIe siècle, notamment par Seki Takakazu et Takebe Katahiro. Ce système mathématique, enseigné du niveau élémentaire aux écoles privées spécialisées et même appliqué aux calculs calendériques, s'est avéré si efficace qu'en 1860 aucune traduction de traité mathématique occidental n'existait en japonais.
L'arrivée du Commodore Perry en 1853 et la menace coloniale observée en Chine ont forcé le gouvernement japonais à opérer une mutation radicale. L'empereur Meiji proclame en 1868 que « la connaissance doit être recherchée partout à travers le Monde », inaugurant une politique volontariste de modernisation. En 1872, le décret Gakusei réforme entièrement le système éducatif japonais en instaurant l'enseignement des mathématiques occidentales (yosan) du primaire au supérieur, remplaçant progressivement le wasan par un modèle hiérarchisé et centralisé d'inspiration occidentale.
Reporterre publie un document exceptionnel : l'interview de Christian Escriva, qui fut pendant dix ans l'ami et le confident d'Alexandre Grothendieck, avant que le génial mathématicien ne trépasse à Lasserre, le petit village où il a vécu seul les vingt-trois dernières années de sa vie. Son témoignage éclaire d'un jour nouveau le mythe…