Un colloque rassemble à Besançon 150 enseignants en mathématiques pour le cinquantenaire de leurs instituts de recherche. On y prône une évolution des pratiques qui vienne du terrain et on s'inquiète d'une réforme qui incite les lycéens à délaisser à tort les maths.
Le colloque du cinquantenaire des Instituts de recherche sur l'enseignement des mathématiques (Irem) s'est déroulé à Besançon autour d'une inquiétude majeure : la réforme qui rend les mathématiques optionnelles à partir de la première au lycée. Les chercheurs et pédagogues redoutent une « catastrophe » pour l'égalité des chances. Anne Cortella, présidente de la direction collégiale des Irem, prévoit que le pourcentage de filles en filière scientifique baissera considérablement par rapport aux 47 % actuels, aggravant les discriminations dans l'accès aux études supérieures. Pierre Arnoux, professeur à l'université de Marseille, dénonce aussi « l'usage anxiogène des mathématiques » et la peur des évaluations qui bloquent les jeunes.
Les chercheurs soulignent un paradoxe français : excellente réputation mondiale en mathématiques, mais niveau général en forte baisse. Une étude de 2017 montre que 9 enfants sur 10 sortant du CM2 ont un niveau inférieur à la moyenne de 1987. La structure jacobine française favorise une élite issue de catégories sociales élevées. Les Irem demandent davantage de formation continue pour les enseignants (moins de cinq jours par an) et une action précoce dès la maternelle.
Sur le terrain, des expérimentations innovantes donnent des résultats probants. À Vesoul, des enseignantes de l'école Pablo-Picasso testent des outils de manipulations concrètes (cubes, bâtonnets) permettant aux enfants de conceptualiser les nombres et opérations. Cette approche ludique, intégrant jeux de société et manipulations physiques, s'avère efficace même auprès d'élèves en difficulté, du cycle maternel au collège.